la fin de l'histoire et le début d'une autre

Extrait de "Petite musique d'une nuit" par Elsa Laborde 

En écoute "Les murs blancs"

 

Mon petit chien est venu se coucher à côté de moi, le soleil va se lever et il ne me reste plus beaucoup de temps pour finir cette histoire. Je suis en vacances, mais, j’ai beaucoup de chose à faire demain.

Je suis en train d’écrire, en essayant de me souvenir de tout les éléments qui ont constitué ma rencontre avec Gabrielle, mais j’ai peur que le temps me manque. Gabrielle a manqué de temps aussi pour vivre sa passion.

Il y a des fois où l’on a peur du vide, alors on le comble, on prend des risques, on vit à 200 pour cent pour essayer de donner un sens à sa vie, pour fuir l’ennuie et pour se dire qu’on est bien vivant. Y’a-t-il un mal à cela?

Oui Gabrielle aimait boire, de la bière surtout et uniquement. Elle aimait trouver dans cette ivresse , la liberté qu’elle avait dans la musique. Quand la musique s’arrêtait, il fallait finir la soirée avec une bière. Il y a eu des fois où elle est allée trop loin. Quand sure d’elle, elle a pris le volant pour rentrer chez elle. La société n’aime pas les gens qui dérivent. Avec plus d’une bière dans le sang, elle a cru qu’elle pouvait rentrer, mais elle aurait pu y rester, et même si elle était en colère contre les gendarmes qui l’ont arrêté, elle ne pouvait pas contester le fait qu’elle était allée trop loin.

Elle avait cru qu’elle était au dessus des lois, de la nature et de notre société, amis la réalité la rattrapé.

La fatigue m’enlace, mes yeux se ferment, mes doigt s’alourdissent, va-t-il me rester assez de mots pour finir mon récit.

Gabrielle était en plein rêve. Elle faisait sa musique, elle vivait tellement pleinement son plaisir, sa vie toute entière était une Aude à l’amour. Et pourtant de l’amour, elle ne connaissait rien. Son agenda était rempli de date de concert à venir.

Elle me disait souvent, « il n’y a pas de mal à se faire du bien ». Cette phrase semblait ponctuer toutes ces soirées qu’elle passait à s’adonner au plaisir de la musique et du sexe avec des musiciens.

Je l’enviait et elle me faisait terriblement peur. Je n’étais pas habituée à une telle liberté. Cet amour pour la musique la conduisait parfois à finir des soirées avec des musiciens qu’elle connaissait à peine. Juste pour profiter du moment, sans lendemain.

 

La dernière fois que j’ai vu Gabrielle, c’était chez elle, nous venions de finir une soirée entre musiciens. Nous faisions la fête. Nous avions bu. Gabrielle eu soudainement envie d’aller chercher des cigarettes. Nous savions que lorsqu’elle était dans cet état d’exaltation, rien ne pouvait l’arrêter. Elle voulait aller en voiture dans un bar situé dans un village voisin. Il était prés de 23h. Il fallait faire vite si elle voulait chercher des cigarettes. Nous avions mis une pizza au four pour notre retour. Le four restait allumé. Nous sommes monté avec elle dans la voiture. Nous sommes arrivés au bar. Elle a acheté un paquet de cigarette. Nous avons repris la voiture pour rentrer. Elle chantait très fort. La musique à fond. Un animal surgit du bas côté. Elle fit un petit écart pour l’éviter. Mais le trottoir était haut, la voiture s’écrasa contre un lampadaire.

Je me souviens d’avoir eu très peur. Perdu, je voulais rentrer à la maison. Deux voitures s’arrêtèrent. Nous leur avons demandé de nous aider à pousser la voiture sur le bord de la route. Nous avons soulevé le lampadaire pour le ranger sur le trottoir. Je ne voyais plus Gabrielle. Où était-elle ? Nous avions besoin d’elle. Elle si forte. Elle nous avait quitté. Et ses rêves avec elle venaient de s’envoler. Elle avait crée un monde dans lequel nous avions tous une place. Elle nous avait bercé d’illusion pour finalement nous abandonner ici, contre un lampadaire.

Je ne respirais plus. Je ne voulais plus voir ce monde. Qu’allais-je devenir. Je voulais partir aussi. Il fallait tout révéler à nos parents. Il fallait leur dire que nous avions bu, que nous avions pris la voiture. Que la voiture était cassé. Que le lampadaire était tombé. J’avais peur. Trop peur pour parler. Trop peur pour vivre. Et j’étais seule.

Gabrielle avait composé notre existence, elle avait traduit en musique ce que nous avions au plus profond de nous même. Elle n’avait pas hésité à donner sa vie. Elle avait eu le courage de chanter l’espoir.

Ce soir là, je compris qu’il était temps de reprendre ce qu’elle avait créé. Le rêve n’allait pas s’arrêter ainsi. Tant d’effort pour se forger un nom, pour accomplir ses rêves. Je m’étais aussi retrouvé dans ses musiques, dans ses textes, dans ses rêves.

 

Une semaine après, je montais sur scène sous le nom de Gabrielle, et je chantais ses chansons qui étaient devenus les miennes. Sa vie était devenue la mienne.

Suite à l’accident, j’ai pu comprendre son passé. Restée si secret jusqu’alors je savais enfin qui elle était.

Elle était né dans un pays lointain, qui n’a pas de nom. Sa mère était morte d’alcoolisme. Elle ne l’a jamais connue. Ses sœurs ont été adoptés, elle n’a pas eu cette chance.

Gabrielle est aujourd’hui en hôpital psychiatrique. Et dans le bleu du ciel, elle compte les étoiles qu’elle n’a jamais réussi à atteindre. L'accident lui a fait perdre la raison.

 

Je suis née dans ce pays lointain, où le vent détruit ce que les hommes construisent au fur et à mesure. Mais la chance m’a porté vers une nouvelle terre, la France. Il y a beaucoup de combat à mener pour se faire accepter , mais ce pays c’est pas le pire. Je ne suis pas seule. Je suis avec mes parents adoptifs. Et leur amour me donne la force de vivre. Je fais des erreurs, moi aussi j’ai brisé ma voiture contre lampadaire, moi aussi j’ai bu, moi aussi j’ai passé des soirées à faire n’importe quoi, mais la vie m’a donné une autre chance. Je ne la gâcherai pas cette fois-ci. Alors je vis, tout seulement. Je réalise mon rêve de faire des chansons , j’ai continué le chemin tracé par Gabrielle, sans les détours par les sentiers dangereux.

 

Aujourd’hui je suis dans un petit village où il n’y a pas de boulangerie, pas de bureau de tabac, pas de magasin. Je suis seule avec mon chien, et je vais postuler pour aller travailler en hôpital psychiatrique pour retrouver Gabrielle et aider tous ceux qui sont comme elle. Leur corps a perdu leur âme. Leur esprit volent entre le rêve et la réalité. A quand étape de ma vie, je me souviendrais de Gabrielle avec qu’elle plonge dans la folie, dans une réalité au-delà de la notre. Peut-être un jour pourrais-je atteindre la vrai sagesse, s’il elle existe vraiment.

Le soleil s’est levé, un jour nouveau commence, et cette histoire résonne en moi comme une petite musique d’un nuit.

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